• Pierre

Les entrées royales à Lyon

L’entrée royale est une tradition depuis l’Antiquité, et sa pratique, bien qu’évoluant parfois dans sa symbolique, reste importante jusqu’au 17e siècle. Elle marque l’entrée officielle du roi à Lyon, comme dans les autres villes françaises. Pendant cette large période, cet évènement est une manifestation, un témoin d’une vie sociale, économique, et bien sûr politique.


Si les entrées royales ont connu une période de grands fastes et parfois de démesures à la Renaissance, ce n'est pas du premier coup qu’elles ont pris ce caractère très ostentatoire.

L’entrée royale française a pu trouver son origine dans l’ancien droit de gîte, obligation traditionnelle d’hébergement, qui est attestée depuis au moins la période carolingienne.

A Lyon, comme ailleurs, des entrées solennelles sont organisées, à partir du 14e siècle, pour marquer symboliquement la prise de possession d’une fonction, notamment pour l’archevêque ou le gouverneur, ou à l’occasion de la venue d’un personnage illustre.

En outre, les entrées royales au Moyen-Âge comprennent une forte dimension religieuse. Même si la symbolique politique et l’intérêt économique sont présents, elles s’apparentent principalement à des processions religieuses.

Mais peu à peu, avec la fin du Moyen-Âge et la Renaissance, ce cérémonial, simple à l'origine, se complique et se surcharge de rites.

Ce sont ensuite des processions, plus ou moins nombreuses, plus ou moins colorées, avec un caractère de plus en plus festif, compliqué et riche, qui s'organisent pour aller au-devant du roi. Il ne s'agit donc plus seulement pour les villes d'accueillir le monarque avec plus ou moins de solennité et d'enthousiasme, mais pour le roi lui-même (et les villes aussi) d'exalter le sentiment monarchique. L’esprit de la Renaissance confère aux entrées royales, à partir du règne de Charles VIII (entamé avec le règne de Louis XI), une signification nouvelle.

On y voit s’atténuer la dimension religieuse, et elles deviennent (du fait de l’influence italienne) une manifestation où esthétique et politique se rencontrent pour célébrer aussi bien la fonction du roi que sa personne.


Le déroulement d’une entrée royale à Lyon à la Renaissance se présente systématiquement d’une certaine manière.

Un cortège de représentants de la ville se forme et va à la rencontre du roi à une entrée de la ville, parfois un peu plus loin. Le roi, sa cour, ses sujets, et les représentants de la ville forment un cortège qui entre en ville. Ils suivent un parcours précis, ponctué de saynettes, tableaux vivants, échafauds et architectures éphémères. Ainsi, des monuments provisoires sont mis en place sur le parcours royal. Certains sont les décors de petites représentations théâtrales et/ou musicales. Ces tableaux vivants font ainsi partie intégrante de l’entrée royale, et constituent un discours entre la ville et le roi.

Cette procession finit à la cathédrale St-Jean. Le roi peut y faire une oraison, un office. La ville lui offre un cadeau. Et le roi va passer la nuit chez un notable par exemple, ou dans un bâtiment religieux.

L’entrée royale se termine alors, mais les festivités peuvent continuer tant que le roi est présent en ville…


A Lyon, c’est la ville, le pouvoir municipal, qui organise et finance l’entrée du souverain.

L’entrée est ritualisée, parfois très spectaculaire, et constitue une mise en scène du pouvoir royal. Le roi se montre et, par les installations de son entrée en ville, est glorifié.

A travers l’entrée royale, la ville exprime sa fidélité et/ou sa soumission envers son roi. Le pouvoir royal s’en retrouve donc réaffirmé, renforcé. Tout ce qui se trouve sur le parcours du roi vise à le magnifier, à le flatter. Ce faisant, le pouvoir municipal veut s’assurer de sa protection, de sa bienveillance, et de sa bonne disposition à répondre favorablement à certaines demandes.

Tout ceci se manifeste principalement par les tableaux vivants tout le long du parcours du roi. Ils sont un message, un échange entre la ville et le roi.


La ville se métamorphose lors des entrées royales. La construction et l’installation de ces architectures éphémères, ainsi que l’organisation et la mise en place des saynettes et tableaux vivants changent inévitablement l’apparence de la ville.

Ainsi, si le roi est mis en scène, la ville l’est également. Elle aussi se magnifie, se pare de ses plus beaux atours (du moins pour ce qui est sur le parcours du roi). Elle peut ainsi montrer sa richesse, sa puissance, son unité.

Il s’agit avec les entrées royales de mettre en évidence un aspect important des conditions sociales, le rapport des sujets au pouvoir royal.

La ville se met en spectacle, elle disparait derrière un masque, elle se dédouble, se met en façades.

La finalité, pour l’œil du roi et des participants, pouvait être l’apparence de l’idéal.


Toutes ces festivités sont également un défi dans l’organisation. Des artistes de tous domaines et de nombreux corps de métiers sont mis à contribution pour penser et concrétiser l’entrée. Autant de personnes qui doivent se concerter pour parvenir à livrer décors et textes pour une date précise (la venue du roi).

Un ou des conducteurs, responsables de la fête sont désignés, à qui le Consulat délègue le recrutement et la coordination des différents artistes engagés. Ce terme de conducteur désigne donc ceux qui sont en charge à la fois d’inventer les histoires et les saynettes, de coordonner l’équipe et de distribuer les deniers rassemblés. Ainsi, toutes les personnes qu'il engage, sous sa coordination, se mettent en œuvre pour fabriquer les architectures éphémères et penser et mettre en place les tableaux vivants.


A la Renaissance, l’entrée royale est donc un grand évènement, fastueux, ostentatoire. Cependant, entre les XVIe et XVIIe siècles, l’interaction entre le roi et ses sujets tend à s’atrophier.

Au moment où la monarchie se consolide et affirme de plus en plus son caractère absolu, le cérémonial n’a plus besoin d’établir un contact direct entre le monarque et les citadins, puisque le pouvoir politique est assez fort pour s’imposer de lui-même au public-spectateur.

Enfin, la situation géopolitique se modifie après 1630, l’État se resserrant autour de l’administration de Richelieu. L’installation du roi à Versailles marque la fin du pouvoir itinérant. Par conséquent, les entrées royales ont moins lieu d’être, d’autant que la mode du faste de la Renaissance a tendance à se perdre dans les siècles suivants.


Je vous propose de découvrir ci-après le déroulement supposé de l’entrée de François 1er le 12 juillet 1515.



Entrée de François Ier


Le 12 juillet 1515, Lyon accueille son nouveau roi François 1er, âgé de 20 ans, et qui est en route vers l’Italie.

Il a été précédé le 30 juin par le connétable de Bourbon avec un accueil solennel au cours duquel (allusion à la venue prochaine du roi) deux personnages représentés en anges tenaient un panneau sur lequel était inscrit :

« Praeibis ante faciem Domini parare ejus vias » (tu marcheras devant la face du seigneur pour préparer ses chemins).

L’entrée de François 1er fut très fastueuse.

Échevins, religieux, Italiens et Allemands, Enfants de la Ville vont à la rencontre du roi, de son épouse (la reine Claude) et de sa mère (la duchesse d’Angoulême).

Les échevins étaient en robes et pourpoints en satin cramoisis, les Allemands en gris, les Lucquois en robes de damas noir, les Florentins en robes de velours, les Enfants de la ville en accoutrements blancs, en velours et satin.

On avait tapissé les rues du parcours, de la porte de Bourgneuf à la porte Froc aux couleurs du roi : blanc, jaune et rouge.

On avait recouvert les rues de graviers.

Un lion mécanique portant les armes de la ville, commandé par des florentins de Lyon, est offert au roi.

Tout au long du parcours (sur la Saône, la porte de Bourgneuf, au griffon, au Change, et au palais), des tableaux vivants célèbrent le roi et sa filiation dynastique.


La nef du Cerf-volant


Fig. 1. Le cerf volant tirant la nef de France, Herzog August Bibliothek, Wolfenbütell, Cod. Ex. 86.4, f°7v-8r.

Un bateau sur la Saône est tiré par un cerf volant, sans doute un chien déguisé comme tel (fig.1).


Le Clos de France


Fig. 2. Héliographie Dujardin, imp. Ch. Wittmann, in L'Entrée de François 1er, Roy de France en la cité de Lyon le 12 juillet 1515, in 4°, Georges Guigue, éditeur. Société des bibliophiles lyonnais, imprimeur, 1899. Musées Gadagne, n° inv. (9)42.453.

A la porte de Bourgneuf, le roi fut accueilli par un grand échafaud en forme d’arc de triomphe (fig.2).

Au-dessus de ce premier niveau, la ville de Lyon et la Loyauté personnifiées se tiennent dans un jardin clos, de chaque côté d’un lis. Les bourgeons de la plante laissent apparaître la Grâce de Dieu, la France et, au sommet, le roi lui-même couronné par deux anges.


Le baptême de Clovis


Fig. 3. Le baptême de Clovis, Herzog August Bibliothek, Wolfenbütell, Cod. Ex. 86.4, f°18r.

Un échafaud présentait le baptême de Clovis (fig.3).

Clovis, au centre du rez-de-chaussée de l’échafaud, se trouvait dans un bassin en forme de calice autour duquel se tenaient plusieurs personnages. Au second étage, Dieu le Père apparaissait dans une nuée d’anges.



Si vous désirez en savoir plus sur les entrées royales, et si vous voulez découvrir des entrées d’autres rois (qui sont parfois d’un faste démesuré), suivez l’actualité des Myrelingueurs ; des conférences sur le sujet sont organisées.


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