• Céline

Le graffiti à travers l'Histoire


Vous qui vivez en ville, vous êtes-vous déjà arrêté quelques minutes pour observer les nombreux graffiti qui jalonnent les murs ? Vous êtes-vous jamais demandé qui sont leurs auteurs ? Quelles sont les intentions de ces derniers ? Et surtout vous êtes-vous déjà questionné sur l’origine de cette pratique qui consiste à laisser sa trace sur un mur, à la vue de tous ?


La réponse peut sembler simple, et la plupart vous répondront que le graffiti apparaît aux Etats-Unis à partir de la fin des années 60. Ils n’auraient pas tout à fait tort… Cependant, si l’on conçoit le graffiti comme « des expressions spontanées, gratuites, anonymes … et destinées à être vues », la pratique apparaît bien avant les années 60, et semble en réalité intimement liée à l’histoire de l’humanité !



A la préhistoire déjà, les hommes de Cro-Magnon se sont mis à dessiner sur les murs les choses qu’ils observent autour d’eux : bisons, chevaux, ours, hommes… En France, les grottes de Lascaux ou de Chauvet témoignent des pulsions créatrices de ces hommes préhistoriques.


Grotte Chauvet. Photo : https://archeologie.culture.fr/chauvet/fr/mediatheque

“Panneau des mains positives” réunissant sur plus de 5m une cinquantaine de figures dont cinq espèces (rhinocéros, félin, cheval, bison, ours), des mains positives et négatives et divers types de signes.



La pratique, loin de se perdre, perdure et s’amplifie avec l’apparition de l’écriture. Les hommes ne sont alors plus limités aux dessins, mais peuvent s’exprimer plus largement par des mots et des phrases. Les hommes vivant durant l’Antiquité nous ont eux aussi laissé quantité d’inscriptions retrouvées sur des parois rocheuses ou les murs des villes. Saviez-vous, par exemple, que la pratique du graffiti était très répandue chez les civilisations grecques et romaines ? A Pompéi notamment, les archéologues ont révélé des centaines de graffiti : certains officiels et souvent liés à la politique, et d’autres, d’ordre privé, qui n’ont rien à envier au caractère très personnel de certains de nos graffiti contemporains…


Photo : Pasquale Sorrentino. https://www.archaeology.org/issues/345-features/pompeii/7722-communication

Ici des graffiti “officiels”, ancêtres de nos affiches de campagne électorale.



Au Moyen-Age, les sources sont moins importantes, et c’est surtout vers les églises qu’il faut se tourner pour retrouver des traces de la pratique du graffiti. Nombreuses sont les églises et cathédrales romanes ou gothiques qui portent encore aujourd’hui de bien curieux symboles : ils sont souvent l’œuvre des tâcherons – ces tailleurs de pierre et bâtisseurs qui marquaient les blocs travaillés par leur soin – mais sont aussi parfois l’œuvre de fidèles marquant la pierre de symboles religieux, spirituels, quasi magiques…


Photo : http://www.memory27.com/album-2156358.html

La rosace à six branches est un symbole utilisé dès l’Antiquité et que l’on retrouve très fréquemment dans les églises médiévales en Occident. Associé au départ au soleil (et à la notion de renouvellement), elle prend avec l’apparition du christianisme une nouvelle dimension associée au baptême puis, plus largement, à la protection.



Écrire, c'est la première action d'un homme privé de liberté. J'ai pour preuve les noms des prisonniers gravés sur les murs des geôles. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Nekfeu. Et il est loin d’avoir tort, car les lieux de détention sont encore aujourd’hui des endroits privilégiés pour qui s’intéresse aux graffiti à travers l’Histoire. C’est notamment en observant les inscriptions dans des châteaux, forts ou tours de guet convertis en prisons à l’époque moderne que les historiens ont pu valider les utilisations successives de ces lieux ou compléter des connaissances que ne leur fournissent pas les registres papiers.


Mais les prisonniers inscrivent-ils seulement leur nom sur les murs de leur cellule ? Pas uniquement, car le mur est aussi utilisé comme un exutoire et comme un moyen de détourner la règle du silence imposé ; les traits, dates et horloges sont utilisés pour mesurer le temps qui passe, et les grilles de jeu sont utilisées pour rompre avec l’ennui…


Ici, sans doute un jeu de marelle ou mérelle, très en vogue au XIVe siècle.




L’époque contemporaine est très intéressante mais également pleine de contradiction. On commence enfin à reconnaître le graffiti pour sa valeur historique – l’archéologue Garrucci publie un ouvrage sur les graffiti de Pompéi en 1856 – mais on condamne aussi nouvellement la pratique dans certains pays européens… Ce qui n’empêche toutefois pas les « graffeurs » de continuer leur œuvre.


Aux Etats-Unis, les « hobos » - ces vagabonds qui traversent clandestinement le pays à la recherche de travail - développent durant toute la seconde partie du XIXe siècle et jusque dans les années 30 un code unique qui leur permet de communiquer et de s’entraider grâce au graffiti.


Image : https://www.chosesasavoir.com/langage-secret-appele-hobo-code/

En Europe, c’est surtout durant la Première et la Seconde Guerres mondiales que la pratique du graffiti se fait plus intense ; elle est très répandue dans les tranchées où les soldats tentent de tromper l’ennui, elle est un outil pour la Résistance, mais aussi un acte de témoignage pour les prisonniers et les déportés…


Au milieu de tous ces graffiti de guerre, un petit personnage au grand nez fait son apparition :



La légende, entretenue par les GI’s, raconte que le personnage précède les troupes américaines sur tous leurs lieux de déplacement. Apparu dès 1939 dans les ports et les navires de guerre, ce dessin est repris de manière collective par les GI’s et les civils, apportant ainsi une touche d’humour au cœur de la guerre.



Si vous souhaitez savoir qui est à l’origine du fameux « Kilroy was here », et que l’histoire du graffiti vous intéresse, rejoignez notre association pour un cycle de conférences portant sur le sujet !


Passionnée d’art, je vous propose un voyage à travers l’histoire, et un aperçu des pratiques qui ont permis aux Hommes, en tout temps, de laisser une trace de leur passage sur Terre.


Céline

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